La suite du voyage

Sûrement par superstition, j’ai voulu attendre 3 mois. Il en faut du temps pour réaliser, puis pour y croire. Il en faut du temps pour s’emballer et pour se projeter. Encore aujourd’hui, quand les gens disent le bébé, je m’arme intérieurement d’un bouclier. Mais sous l’armure façonnée par le parcours AMP, il y a un soulagement immense, beaucoup de joie et le sentiment d’avoir eu beaucoup de chance.
Le quotidien se remplit de nouvelles questions, de nouveaux médecins, de nouvelles réflexions. Pour narrer la suite de cette traversée, j’ai ouvert un nouveau journal de bord. Il y sera surtout question de grossesse et de maternité, aussi chères pmettes, ne vous sentez pas obligée de vous y abonner. A votre place, j’ai souvent refusé de nourrir mon fil d’actualité d’articles alimentant ma frustration. Aucune chance donc que vous me vexiez, quel qu’ait été notre proximité. Vous me rendrez visite quand vous vous y reconnaitrez. Pour les lecteurs et lectrices qui voudront embarquer, c’est ici : Pénélope ou le cheminement maternel.

Me reste à vous souhaiter à tous le meilleur pour 2017.
A celles qui ont le cœur gros en ce début janvier, je voudrais insuffler beaucoup d’espoir. Parfois on peut se tromper, mais il y a aussi de grandes chances que vous ayez raison en disant « 2017 sera mon année ».
Bon courage à toutes celles qui traverseront les attentes vides, qui subiront les séries de piqûres, qui jongleront entre leur vie médicale et leur quotidien professionnel. Je vous promets qu’on oublie ensuite toutes les difficultés.
Bon courage à celles et ceux qui vont devoir se relever des échecs. Vous avez raison, c’est injuste. Il y a des gens tellement moins biens que vous qui font des bébés en un tour de poney. Mais pour vous, attraper la queue du Mickey aura une saveur incomparable. Et puis les bébés des autres, vous vous en fichez.
Aux dubitatives, je dirai : vous n’allez pas y croire quand on va vous le dire mais une tentative ne fait pas l’autre. On ne comprend pas mais c’est comme ça. Et je sais qu’on croyait l’espèce éteinte mais non, il y a encore des Gertrude ! J’en ai vu naître plus d’une sur la blogosphère.
Enfin, n’oubliez pas de vivre. Pour vous. Avec lui. Avec elle. L’infertilité est un fardeau mais il pèsera beaucoup plus lourd si vous lui donnez la place des amis, des sorties, des loisirs, des vacances, des activités.

Je vous soutiens fort.
Des baisers.

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C35 J39 – Le début d’un autre voyage ?

Ulysse est bien installé sur l’Ile où on a débarqué. La bonne nouvelle a été confirmée aujourd’hui par un taux à 3638. J’appellerai demain pour caler la première échographie. A moins d’une chute brutale, notre  périple durera encore huit mois. On se sent un peu faible sur nos jambes. On a navigué si longtemps qu’on tangue encore quand on marche mais on avance. On guette le moindre nid-de-poule qui nous ferait trébucher mais on combat l’anxiété, conscients de la chance déjà d’en être arrivés là. 

A moins qu’on doive rebrousser chemin, je n’écrirai pas durant cette partie de l’odyssée. Parce que c’est un autre voyage. Un voyage dans lequel je ne vous forcerai pas à embarquer. Je sais que même si les nouvelles de celles qui ont pris le train font plaisir, elles soulèvent aussi des lassitudes et des chagrins. Si je ressens le besoin de partager de nouvelles inquiétudes et de nouvelles joies, j’ouvrirai un autre journal. J’ai l’impression de vous trahir en partant devant comme ca… Mais je ne vous oublie pas mes sœurs de galère, mes copines de PMA. Je continuerai à vous suivre,  et à croiser fort pour vous. Votre soutien dans les épreuves a été extrêmement précieux. Sans vous, j’aurais si souvent baissé les bras. Merci. Merci. Merci. ✨

C35 J34 – comme il faut

Vendredi c’est jour férié. Ce qui fait qu’on ne pourra pas vérifier que le taux a augmenté. Il faudra attendre lundi a dit la sage-femme sur mon répondeur. Une éternité…. J’ai réécouté son message 4 fois. Elle a dit « c’est comme il faut ».

En bonne pmette échaudée par les revirements de situations, je reste anxieuse à la pensée que tout pourrait s’effondrer. Mais on continue, lentement mais sûrement notre ascension du taux. Et que ça grimpe !

DPO19 – 270 > DPO21 – 577

C35 J31 – l’espoir

Je ne l’ai pas vue tout de suite la petite barre rose, toute pâle à côté de sa jumelle de contrôle. 

Je n’y croyais pas, je n’en avais jamais vue. Étais-je en train de la fantasmer ? J’ai réveillé Thésée. Il a regardé, il l’a vue. Il a demandé noué Ça veut dire quoi ? J’ai dit Je crois que ça veut dire que ça a marché. Mais elle est toute claire. Oui mais je crois que sa présence importe plus que sa vivacité. 

On mesure notre joie mais que d’espoirs d’un coup ! Thésée n’y croira vraiment qu’avec la prise de sang. Je redoute le faux-positif mais 17 jours après la ponction, 19 après l’injection d’Ovitrelle, je me rassure en me disant que c’est peu probable. Je recommencerai demain avec un digital. Et lundi, il y aura, enfin, le labo. 

La question tourne dans ma tête. Et si ça avait vraiment marché ? 

EDIT : dimanche à J32, positif confirmé par le test digital ✨ 

C35 J24 – sans se presser

Cinq jours qu’on a quitté la terre ferme. Cinq jours qu’on a levé l’ancre et qu’on est sorti du port, après un dernier signe de la main à Athéna. Elle nous envoie sur l’île d’Hachecégé où l’on pourra nous dire si Ulysse s’est installé. Notre embarcation a filé comme une flèche le premier jour du voyage. L’île convoitée est assez proche de l’archipel de Five. Mais il faut passer un détroit vaseux et les vents sont rarement favorables. La météo est telle qu’on nous l’avait prédit. Aucun souffle pour gonfler les voiles et nous faire arriver plus vite à destination. Notre course est ralentie. Les bons jours, on croit sentir le sirocco, les mauvais on s’inquiète du blizzard.

J’observe les courants même si je sais que ca ne sert à rien de les interpréter. Je guette la moindre contraction dans l’onde, m’étonne de la tension dans les vagues. Ces signes pourraient présager du passage d’Ulysse ou être causés par le moteur que je dois, tâche désagréable, relancer 3 fois par jour. Impossible de déterminer à cette étape l’issue du voyage. J’épluche malgré ça toute la littérature disponible à bord sur le sujet. Les études statistiques et les récits d’anciens navigateurs. Je ne m’endors pas sans avoir feuilleté quelques pages et être tombée sur un article encourageant. Quitte à relire toujours les mêmes. Thésée fait les 100 pas sur le pont. J’ai repris le travail. On rame beaucoup, lui la nuit moi la journée. Ça nous change les idées et nous fait avancer. 

Je relis la missive d’Athéna. Celle qu’on doit remettre à notre arrivée à Hachecégé. Nous sommes attendus le lundi 7 novembre. C’est plus tard que ce qu’on avait imaginé. Ce sera 14 jours après notre départ. 19 jours après notre visite du temple de Ponction. Certains navigateurs ont atteint l’Ile bien avant. On dit que normalement il suffit de 14 à 15 jours pour atteindre le port. Qu’est-ce qu’on va faire de tous ces jours de rab ? Je glisse à l’oreille de Thésée l’idée d’accoster en amont, le samedi peut-être, sur la presqu’île de Tégé. Là-bas, dans ces délais, ils sauront si Ulysse est arrivé. Il n’est pas très emballé. Il a peur qu’on nous mène en bateau. Il préférerait qu’on attende. Comme c’est sur la route, je me dis qu’on a le temps (plein) de se décider.

C35 J20 – la pouffe qui vivait en moi

Grandement flattée par la nomination de Simone dont la clairvoyance a su déceler en moi la pouffiasse cachée, je relève le défi inventé par Madame Ourse et vous révèle donc ici 3 anecdotes qui illustrent ma pouffiasserie refoulée. Elles sont  extraites de mon adolescence perturbée où j’excellais dans l’art vulgaire de la pouffe attitude.  

Ça fait longtemps que j’ai fait taire la teenage bitch qui vit en moi. J’ai quitté le poum-poum short, les talons compensés, les brassières et les mèches décolorées pour un attirail plus confortable de fille charmante et attentionnée. Il y a encore quelques couteaux aiguisés sous ma robe, un trait de vulgarité, une part d’égoïsme et peut-être même un soupçon de méchanceté, mais j’en use avec sobriété. La vraie pouffiasse j’ai assez donné :

> à 12 ans, c’était carrément le concours de pouffes au collège. Les chouineuses bcbg du 1er rang même pas 1ères de la classe (la 1ère c’était moi) avaient offert du shampooing et du dentifrice à une copine à moi, qu’elles devaient trouver trop grunge. Avec ma copine Diane (qui est restée la meilleure) on a attrapé la chef de bande des chouineuses devant le collège pour lui déverser l’intégralité des produits dans les cheveux. Elle a chouiné pour de vrai, faut dire qu’elle avait commencé. 

> A 14 ans, je sortais avec un mec qui était pas un ange mais qui m’aimait. Le soir de mon anniversaire, je l’ai trompé sous ses yeux avec mon meilleur ami. Il a quitté la fête, je lui ai courru après dans la rue le suppliant de me reprendre (j’avais le sens du melodrama). Il a fini par accepter. Je l’ai retrompé deux semaines plus tard. Avec le même.

> A 15 ans, j’étais en internat loin de chez moi. J’avais une bonne copine qui s’appelait comme moi et chez qui je dormais parfois. On allait en boîte. Une nuit j’ai flirté avec le mec qui venait de la quitter. Elle avait dit qu’elle s’intéressait plus à lui, et j’avais fait semblant de la croire. Notre amitié s’est brisée cette nuit-là. Pour un mec type quarterback américain qui se faisait appeler Bouba… 

Dame Nature si tu me lis, toi qui t’y connais rayon pouffiasse, puissent ces frasques adolescentes flatter ta méchanceté et m’accorder pour services rendus à la putasserie le badge de future maman. Merci.

Je nomme à mon tour trois de mes bloggueuses préférées, dont il est difficile d’imaginer la pouffiasserie cachée derrière leur douce personnalité :

Victorienne 

Sol

Psychota 

Que ce défi détourne un peu votre esprit de l’attente angoissée qui étire les journées ces temps-ci. 

C35 J19 – carré d’as

Je l’ai fixé toute la matinée.  Le téléphone n’a pas sonné. Dans la salle d’attente, j’ai vu Thésée sourire à quelqu’un derrière moi. C’était le Dr Athéna. Tout juste rentrée de son congé maternité. On était content de la retrouver. C’est elle qui nous a emmenés. Du bon côté cette fois. Elle a demandé Vous êtes un peu stressée ? Complètement. Alors on va pas faire durer le suspense plus longtemps. La biologiste a sorti la tête du passe-plat et nous a demandé de nous rapprocher. Elle a dit Y a bien un embryon à transférer aujourd’hui ! C’est un très joli blastocyste, un J5 type B5, le top du top. A peine mon cerveau avait-il intégré la bonne nouvelle que notre bonne fée annonçait la suivante : le blasto n’est pas tout seul, y en a 3 autres des comme lui (deux B5 et un B2). Sur nos 9 zygotes, 4 ont passé le week-end. 50% c’est super rare s’enthousiasme Athéna. On défie toutes les stats… On est le couple qui fait pas dans la moyenne.  On perd tout ou on en garde la moitié. 

Au centre d’Ithaque, il n’y a pas d’échographie pendant le transfert. Je ne pourrais pas dire que c’était émouvant même si Athéna a tout un cérémonial pour faire honneur à l’importance du moment. J’étais heureuse tout simplement. Encore toute en sourire, respirant profondément, la main dans celle de Thésée, quand Athéna l’a déposé, j’avais le regard planté dans l’horloge sur le côté où figurent 4 bébés. Un bébé à 3h, un bébé à 6h, un bébé à 9h, un bébé à 12h. J’ai pensé au temps qui passe et à ces 4 blastos inespérés. 

Dans deux semaines on saura si le premier s’est accroché. 🍀