C35 J18 – pour la dernière fois ?

Peindre un mur. Pour la dernière fois avant 9 mois ?

Traîner l’aspirateur de chantier pour aspirer la poussière de plâtre. Pour la dernière fois avant 9 mois ?

Changer la caisse du chat. Pour la dernière fois avant 9 mois ?

Boire un verre de blanc. Pour la dernière fois avant 9 mois ?

Manger un morceau de tomme de vache au lait cru. Pour la dernière fois avant 9 mois ?

S’activer toute la journée pour (essayer sans succès de) ne pas penser à demain. Demain où si le téléphone ne sonne pas, nous irons dans la petite salle des inséminations et des transferts du centre PMA. Pour la dernière fois ?

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C35 J15 – un air de déjà-vu 

Je pourrais presque faire un copié-collé de mon post du 9 juin. La biologiste a appelé, toute guillerette. A J1 on a obtenu 9 fécondations sur les 10 ovocytes ponctionnés. 😍 

9 c’est super ! On se dit qu’y en a au moins un qui va tenir le coup jusqu’au transfert. On aurait grave la confiance si c’était la première fois. Mais on a déjà eu une première fois et aucun des 9 n’avait tenu. Alors on est content sans déborder de joie. Et on se dit qu’au moins cette fois on est un peu préparé à la possibilité qu’ils fragmentent tous d’ici là. 

« D’ici là » nous amène à lundi. On s’était décidé pour la culture prolongée avec Thésée. La biologiste nous l’a de nouveau conseillé. Alors en avant mes zygotes ! Prenez du poids et des cellules pour me faire des blastocytes costauds à implanter et congeler à J5. 🍀

C35 J14 – FIV1bis, la ponction

Tout s’est passé exactement comme la dernière fois. C’était douloureux mais rapide. La sage-femme a dit Vous pouvez pleurer maintenant. Et les larmes sont montées. Je suis contente d’avoir surmonté cette épreuve. 

A la clé, 10 ovocytes. Légère déception, j’étais à 13 la dernière fois. Mais on sait que la qualité prime sur la quantité et qu’il en suffit d’un. 

La biologiste était enthousiaste. Dr Elpis aussi. Et elles ont dit : on pourrait les pousser à J5 mais vous sentez-vous assez forte pour supporter un éventuel non-transfert si ça échouait ? Je ne m’attendais pas à ça, on avait toujours parlé de J3. La biologiste dit que si on obtient un blastocyte, on a 50 à 70% de chances d’implantation. Le pourcentage me fait rêver et la peur d’implanter mois après mois de mauvais J3 ne me quitte pas depuis le dernier échec. On est en plein dilemme avec Thésée… On a peur de tout perdre encore une fois mais on a envie de voir si les embryons sont costauds avant de les accueillir. S’ils s’éteignaient en éprouvette, la tentative ne compterait pas. Et nous nous lancerions dans une FIVter. Avec de multiples questions sur la qualité de nos gamettes. 

Les consignes du dossier ambulatoire sont claires : ne pas prendre de décision importante le jour de l’anesthésie. 

Alors je somnole et patiente jusqu’au coup de fil de demain qui nous annoncera le nombre d’ovocytes fécondés. Et là on décidera si on prend le risque ou pas… 

C35 J13 – la veille de la ponction

Les dernières échos ayant montré une belle quinzaine de follicules qui jouaient à celui qui serait le plus gros, la ponction a été planifiée à la date prévue. Soit demain, mercredi 19 octobre, 11h40. J’ai bossé beaucoup et à toute vitesse pour quitter le boulot à peu près sereine. J’étais à deux doigts de me maudire de m’être lancée dans cette FIV à cette période. Puis je me suis rappelée que merde, j’ai donné dans le « faut attendre le bon moment pour faire un enfant ». La tension professionnelle commence à peine à redescendre que sa collègue la tension pré-ponction monte dans l’ascenseur. J’ai peur de pas avoir bien noté l’heure, j’ai peur d’avoir soif, j’ai peur de pas avoir bien lavé mes orteils à la betadine, j’ai peur que ça fasse mal, j’ai peur qu’ils ne se rencontrent pas, j’ai peur qu’ils fragmentent dans l’éprouvette, j’ai peur qu’ils fragmentent à l’intérieur de moi, j’ai peur d’avoir encore fait tout ça sans résultats… Je cherche au fond de moi l’excitation et la naïveté de la première fois. Je mobilise mes espoirs et me répète comme un mantra, jusqu’ici tout va bien. Ce qui compte, c’est pas l’ascension, c’est le panorama. On respire, on y croit. Je reviens demain avec un joli score ! 🍀

C35 J5 – FIV1bis 

Sûrement faute de temps, je n’ai pas l’imagination créative ou poétique qui me pousse d’habitude à venir vous relater mes aventures pmesques. Mais je voulais vous adresser un grand merci pour vos messages mes copinautes adorées ❤️ et donner quand même quelques nouvelles. 

L’opération s’est bien passée mais en rentrant de la clinique, Thésée a commencer à étouffer. Réaction respiratoire à l’anesthésie + bronchite, il commence à peine à s’en remettre après un traitement de cheval. 

J’ai commencé la stimulation vendredi. La piqure de Puregon m’oblige à quitter le boulot à 19h. Tant mieux sinon j’y passerais mes soirées, tentant de tout boucler avant mon arrêt. 

J’occupe mon temps libre à peindre des murs et des radiateurs. Peinture A+ bien sûr mais en bonne infertile inexpliquée, je paranoïe à l’idée que les vapeurs attaquent mes gamètes. La maison est un vaste chantier mais y a tellement de boulot qu’on voit les avancées et c’est motivant. 

Au lieu d’écouter consciencieusement mes séances d’auto-hypnose pré-ponction, j’avale avant de me coucher des épisodes de Game of Thrones. So 2011…

Toute à mon travail et mes travaux, je réalise à peine que le protocole de FIV1bis a commencé. La première écho mercredi devrait me remettre dans cette réalité. Je ne suis pas vraiment pressée, vous savez ce qu’on dit des filles qui ont arrêté d’y  penser… 

C34 J17 – Celui qui attends

Dans la chambre de la clinique où j’attends le retour de Thésée, je pense à la chambre d’hôpital dans laquelle on portera un jour notre enfant dans nos bras. Le jour où nous aurons cessé d’attendre.  

Je pense au jour où attendre un enfant prendra un autre sens. 

Pour tuer le temps, je m’attarde au café. Je finis de lire L’Inhabitée de Maïa Brami. Je reconnais les mots et les maux. L’attente.

Je pense à Thésée qui dans une quinzaine de jours attendra mon retour de la ponction. Rôles inversés. La dernière fois, sous l’effet de l’anesthésie, j’avais perdu la sensation de la fesse droite et la notion du temps. Pour moi il s’était passé une heure, pour lui trois. 

Qu’en est-il de la durée du temps pour celui qui attends ?